Voici un livre que j’ai beaucoup aimé. Odélise menait une vie bien tranquille sur son île, auprès d’une famille heureuse et aimante, malgré leurs maigres moyens.Un jour, trois personnes, deux femmes et un homme, sont venues sur l’île de la Réunion et ont rassemblé plusieurs enfants, promettant à leurs parents de les prendre en charge et de les envoyer en métropole pour leur offrir une vie meilleure, arguant que les enfants méritaient bien cette offre. Odélise en faisait partie, mais elle pressentait déjà quelque chose :

« Quelque chose en moi m’avertissait d’un danger imminent. Mon ventre rognonnait. J’avais une boule dans la gorge et une terrible envie de faire pipi ». page 16.

Après quelques jours passés dans un orphelinat, où ses affaires ont disparu, elle finira par trouver une place auprès d’une famille à Saint-Valentin-la-Chavane et deviendra Odile, un prénom aux consonances moins exotiques : elle doit rentrer dans le moule. Elle devra y affronter le froid, les regards, le silence étrange de sa famille, la violence, sous des formes différentes et horribles. Alors, pour réussir à tout supporter, pour continuer à vivre, elle s’inventera un double, Zeïla.

Ce livre est frappant, j’ai été très touchée. On ne peut que se révolter à la lecture de l’histoire d’Odélise, un personnage certes de fiction mais l’histoire est basée sur une réalité historique : l’affaire des enfants de la Creuse. Sous l’autorité de Michel Debré, plus de 1600 enfants de la Réunion ont été emmenés dans des départements de la métropole, notamment la Creuse, victimes de l’exode rural. Si on leur a promis une vie meilleure, de toute évidence cela n’a pas été toujours le cas. L’histoire est parfaitement bien écrite, l’attention du lecteur ne faiblit pas, on est captivé du début à la fin.

En résumé : une histoire captivante, menée par une plume parfaitement maîtrisée. Un livre nécessaire. ()





Entre 1963 et 1982, le député de la Réunion de l'époque, Michel Debré, met en place un vaste programme visant à repeupler les départements métropolitains victimes de l'exode rural, tels que la Creuse. Pour ce faire, les autorités françaises déportent 1630 enfants réunionnais, déclarés orphelins et pupilles. Pour ceux qui n'étaient pas officiellement orphelins, les personnes en charge des affaires sociales ont soustrait les enfants à leurs parents en falsifiant les documents ou en leur faisant apposer une simple signature au bas d'un document qu'ils ne pouvaient de toute façon pas lire.

Voilà le début de l'histoire d'Odélise, 10 ans. Narratrice de ce roman, elle raconte son vécu, son déracinement de l'île de La Réunion, la séparation brutale d'avec sa famille, son arrivée en métropole, les conditions de vie à l'orphelinat, puis la rencontre avec sa famille d'adoption. Même si elle essaie d'être la plus discrète possible, Odélise ne passe pas inaperçue avec sa peau noire. Montrée du doigt, insultée, dénigrée, Odélise subit encore la pire des violences, elle est violée. Dès lors, Odélise n'est plus que l'ombre d'elle-même. C'est son double, Zeïla, qui l'aide à reprendre tant bien que mal sa vie en main pour en finir avec tout ça.

Tout en déroulant l'histoire personnelle d'Odélise, l'une des 1630 enfants réunionnais déportés, Christophe Léon distille au fur et à mesure le contexte de l'époque, les personnes en présence, les complices qui ont volé l'enfance de tous ces petits réunionnais. Le but est bien sûr d'accuser les vrais coupables, mais surtout de dénoncer et de tenter de réparer l'énorme injustice qui a été commise. Tenter seulement puisque ces enfants adultes aujourd'hui ont perdu à tout jamais leur plus jeunes années.

L'affaire des Enfants de la Creuse est encore trop peu abordée dans la littérature, c'est pourquoi Christophe Léon a voulu la porter à la connaissance des jeunes lecteurs à travers ce roman. Pour les aider à comprendre ce qu'ils ont pu vivre, leur faire connaître ces événements odieux commis par des responsables politiques de l'époque. Et il aura fallu attendre 2014 pour que l'Etat française reconnaisse sa responsabilité morale.

Terriblement fragile et anéantie, Odélise a trouvé en elle les ressources pour se sauver, dans tous les sens du terme. Son double Zeïla lui a été précieuse et d'un secours inespéré. Christophe Léon opte pour une fin ouverte, à nous d'imaginer le devenir de la petite réunionnaise.

Un roman fort et poignant ! Coup de cœur Histoire d'en Lire ! ()





Odélise vit avec ses parents sur l'île de la Réunion. Elle est la dernière d'une fratrie de 7 enfants. L'an prochain, elle quittera l'école pour prêter main forte dans la ferme. Mais, ce jour de 1975, peu avant la saison des mangues, des personnes se présentant des services sociaux, proposent de l'emmener en métropole, tous frais payés, pour lui permettre de poursuivre ses études. Odélise se retrouvera, avec d'autres enfants, d'abord maltraitée dans un orphelinat puis confiée à une famille d'accueil dans la Creuse...

Voici un pan de l'histoire de France que je ne connaissais pas. L'auteur nous emmène sur les traces d'Odélise qui se trouve victime de ce déracinement. Loin de ses parents, objet de curiosité, elle subira des violences physiques et psychologiques. Pour se protéger et survivre, elle crée Zéïla, son double qui l'accompagne et la guide. La seule chose que je regrette, et là, c'est la prof-doc qui cause, c'est l'absence d'un petit dossier documentaire historique sur cet épisode. Sinon, histoire captivante et, comme toujours avec Christophe Léon, écrite avec passion et conviction. ()

Dauphiné Libéré du 16 septembre 2016




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L'histoire fait référence à l'affaire des Enfants de la Creuse. Odélise, jeune narratrice de dix ans au début du récit est arrachée à sa famille à la Réunion pour devenir une Pupille de l'Etat et venir vivre dans une famille d'accueil en Creuse afin de repeupler le département suite à l'exode rural. Cette famille se montre plutôt bienveillante au début mais se révèle, au fil des années/des pages, de plus en plus hostile envers la jeune fille. Outre le racisme qu'elle subit quotidiennement, elle se fait violer par son “oncle” et frapper par le père de la famille sans trouver de personnes à qui se confier loin de sa terre natale. le lecteur suit ainsi Odélise entre l'âge de 10 à 17 ans, l'histoire est rythmée sans temps mort inutile et pourtant on a le temps de s'attacher à la narratrice. L'auteur fait un bon rappel sur une partie de l'histoire française parfois/souvent oubliée … Un véritable coup de coeur, ça y est je me suis réconciliée avec Christophe Léon, je lui pardonne son Hoax ... Et puis le titre est trop magnifique, parfaitement juste et bien trouvé : Odélise quitte la Réunion à la période où les mangues sont encore vertes et elles le resteront toujours pour elle qui ne reviendra plus.  



Présentation. 1975 : Odélise a dix ans lorsque, peu avant la saison des mangues, elle est arrachée à sa famille et à son île de La Réunion avec une centaine d’autres enfants.
Elle est envoyée en métropole dans une famille d’accueil de la Creuse. Pour lutter contre le chagrin, l’isolement, mais aussi le froid et le déracinement, Odélise s’invente un double, Zeïla, qui ne la quittera plus.

Mon avis. Un court récit, soutenu par Amnesty International, qui met le doigt là où cela fait mal...

Ce livre relate un épisode de l'Histoire française dont je n'ai jamais attendu parler : l'envoi massif en métropole d'enfants réunionnais littéralement arrachés à leur famille sous le prétexte fallacieux de leur procurer une "meilleure existence". En vertu de... de quoi ?

Le lecteur découvre Odélise, dix ans, qui voit débarquer trois personnes à Grand Bassin, deux hommes et une femme. Ceux-ci s'invitent dans quelques maisons et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, repartent avec un enfant à la main. Ils ont réussi, en quelques minutes, à convaincre les parents qu'ils disposent d'une chance unique d'envoyer "l'enfant élu" en France, lui procurant par là même l'opportunité de "poursuivre des études au-delà de leurs espérances. L’État prend tout à sa charge [...]." [p. 15]

La déportation d'Odélise, tout comme celle de nombreux enfants, a ainsi été scellée en un tournemain, ou plus exactement par l'empreinte digitale de son papa apposée au bas d'un bout de papier. Direction Saint-Denis de la Réunion, avant le déracinement total : l'envol vers Paris.

Odélise débarque dans la Creuse, chez les Tarteix, un couple d'éleveurs de vaches laitières qui a deux enfants de 14 et 12 ans, Nathalie et Julien.

   "Le froid m'a rongée comme une plaie qui ne guérit pas. Il a foré dans ma chair et dans mes os. Pas un jour sans grelotter. Les huit années que j'allais passer à Saint-Valentin-la-Chavane seraient placées sous le signe du froid." [p. 61]

Le récit relate l'hébétude de la petite fille et la souffrance qui devient la sienne lorsqu'elle réalise ce qu'il lui est arrivé, sachant dès lors que "les mangues resteront vertes" ; il relate la douleur, tant physique que psychologique du manque ; il relate la difficulté de se raccrocher à qui/quoi que ce soit...





À partir de 5'55,...




Une chronique sure Des livres er nous



Vous aimez les livres qui font réfléchir ? Les sujets importants mais trop peu  abordés ? Vous n’avez pas peur de ressortir bouleversé d’une simple lecture ? Et bien je vous annonce que cette article et ce roman sont fait pour vous !

Aujourd’hui on se retrouve donc pour une nouvelle critique littéraire du dernier roman de Christophe Léon : Les mangues resteront vertes. Ce roman est le deuxième d’une toute nouvelle collection, dans les éditions talents hauts, qui s’appelle les Héroïques. Cette collection a pour but de publier des romans sur des sujets importants de l’histoire mais un peu oubliés par le temps malheureusement. Les auteurs inventent donc une fiction autour d’un événement historique afin que ce dernier soit un peu plus reconnu.

J’avais vraiment adoré le concept et c’est pourquoi je me suis procuré les deux romans déjà parus. Les couvertures se démarquent vraiment car elles sont colorées avec un graphisme qui leur est propre . Il a été publié le 15 septembre 2016 chez  Talents hauts.

Il possède 160 pages et vous pouvez l’acquérir au prix de 14 € au format papier, notamment en cliquant sur le lien en bas de l’article.

Voici le résumé que vous pouvez trouver sur la quatrième de couverture :

1975 : Odélise a dix ans lorsque, peu avant la saison des mangues, elle est arrachée à sa famille et à son île de La Réunion avec une centaine d’autres enfants. Elle est envoyée en métropole dans une famille d’accueil de la Creuse.

Pour lutter contre le chagrin, l’isolement, mais aussi le froid et le déracinement, Odélise s’invente un double, Zeïla, qui ne la quittera plus.

Ici on suit donc l’histoire de Odélise qui se retrouve arrachée à sa famille de la réunion pour, selon les services sociaux, avoir un avenir meilleur en France métropolitaine.

Je trouve premièrement le sujet vraiment touchant. J’avais vu un reportage sur ce sujet il n’y a pas longtemps et j’avais vraiment été très touchée par le sujet. Donc quand j’ai découvert pendant ma lecture que ça parlait de ça j’ai vraiment été agréablement surprise.

L’intrigue est vraiment passionnante, on veut toujours suivre l’histoire d’Odélise pour savoir ce qu’il va se passer. Je trouve que cette lecture sort vraiment du lot. Elle se démarque par son sujet, son intrigue, sa narration… On suit tout au long du roman le point de vue d’Odélise. Elle nous raconte avec beaucoup de sentiments ce qu’elle vit, ce qu’elle ressent et ce qu’elle pense. Et même si on ne s’y attends pas forcément dans ce genre, il y a pas mal de suspens. On est toujours dans l’attente de savoir ce qu’il va pouvoir arriver d’autre à cette jeune fille.

En commençant cette lecture, on peut s’attendre à quelque chose d’assez superficiel et pourtant, j’ai rarement été aussi surprise par ce roman. Je ne vous en dit pas trop pour ne pas vous dévoiler les surprises que ce livre peut vous réserver.

 
Un rythme qui monte crescendo.

Tout d’abord, parlons du style de l’auteur. J’ai vraiment trouvé ce dernier particulièrement envoûtant. C’est la première fois que je lis cet auteur mais je l’ai trouvé vraiment très percutant dans son style. Les émotions sont au rendez-vous, les personnages sont bien approfondis malgré le peu de pages. Et j’ai beaucoup aimé le fait que l’auteur intercale par moments des phrases au futur, qui nous annonce d’avance ce qu’il va se produire dans un futur très lointain ( ça ne gâche en aucun cas le suspens du roman).

En ce qui concerne le rythme, au début tout est absolument normal, ce n’est pas rapide mais ce n’est pas lent non plus. Puis petit à petit, et ce à partir d’un événement bien précis (que je ne vous révélerai pas), le rythme s’accélère tellement que vous avez du mal à respirer et surtout, vous ne pouvez plus vous arrêtez.
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Des personnages originaux

Les personnages sont vraiment singuliers car on a pas forcément l’habitude de suivre l’histoire d’une jeune fille de la Réunion. De plus cette petite fille n’a pas du tout le même quotidien que nous et c’est ça aussi qui fait qu’on s’intéresse à elle. La situation du roman fait qu’on s’attache énormément à elle. Il y a ensuite les personnages qui constituent la famille d’accueil d’Odélise. Ceux-là ne sont pas forcément attachants mais j’ai rarement eu affaire à des personnages que j’aime et déteste en même temps. Je vous laisse découvrir tout ça par vous même ! Et puis il y a Zeïla. Je ne vous dis pas qui est ce personnage dans l’histoire, mais c’est le personnage que j’ai le plus aimé dans ce roman. Sincère, objective et rassurante sont les adjectifs que je lui attribuerai pour la définir.

Ce roman est un véritable petit coup de cœur. Touchant, absorbant, bouleversant c’est ce que je retiendrai de ce roman. Après cette lecture on oublie vite nos petits soucis de la vie de tous les jours. C’est une lecture qui vous fait relativiser et vous apprend un élément de l’histoire souvent oublié.
(Stevensbokks.fr, Clémence, 9 janvier 2017)

Odélise est retirée de ses parents et de son île la Réunion pour être envoyée en métropole au motif de lui permettre de suivre ses études.

Elle est placée dans la Creuse où elle doit s'adapter au climat mais aussi à la vie à la ferme

Seule noire dans son village, il lui faut malgré tout  tâcher de se rendre invisible.

L'école ne suffit pas à lui permettre de se sentir chez elle. Mais ses innombrables lettres à sa famille reste sans réponse.

Pourtant, un jour, un événement dramatique va fissurer son acceptation de la situation...

Un portrait dur et amer qui sans juger les gens qui ont accueilli ces enfants démontre toutefois l'absurdité du projet. Les personnages sont tous ambivalents à la manière de la vieille Albertine ou encore de Zeïla.

La volonté de gentillesse ne peut résister à l'usure du temps, à la maladresse et à l'inadéquation  et à défaut de l'intégration, l'auteur nous montre l'affrontement avant de laisser le lecteur terminer  lui-même l'histoire.

Pourquoi déraciner des enfants au prétexte de mieux les civiliser ? Christophe Léon dessine la silhouette d'un des 1500 enfants envoyés en métropole entre 1963 et 1982 et forme un témoignage glaçant.


Identité - Famille- Education - Secret - île - Société - Choix 

 "J'ai gardé présente en moi, tout au long de ma vie, la fillette de dix ans que j'étais alors. Cette "négresse" -comme m'appelaient certaines personnes de Saint- Valentin-la-Chavane- dont les dents claquèrent de froid sous la mince couverture de son lit durant l'automne, l'hiver et le début du printemps 1975." 



 Odélise a dix ans quand les services sociaux arrivent sur l’ile de la Réunion pour proposer à de nombreux parents de « prendre en charge » un enfant et assurer l’éducation de celui-ci en France. C’est ainsi que la jeune fille devient pupille de l’État et quitte les siens pour atterrir en Creuse, dans un village où tous sont blancs, où les conditions de vie sont difficiles. Pour lutter contre le chagrin, la peur, l’isolement, la jeune fille se crée un double, Zeïla, une version plus forte d’elle. Mais si Zeïla peut la réconforter, lui donner du courage, elle ne peut la protéger de la cruauté des hommes…

Paru dans la nouvelle collection de Talents Hauts baptisée « Les héroïques », qui veut mettre en lumière des situations tues de la Ve république, ce roman parle des « enfants volés de la Réunion ». Bien qu’il aborde ce sujet difficile avec finesse, Christophe Léon s’adresse ici clairement à un public avisé, certaines scènes étant particulièrement ardues à lire.
Mon avis

« Mes parents avaient mis leurs empreintes en bas d'un document officiel. Sans le savoir, ils m'avaient abandonnée. Je devenais la pupille d'un État qui me voulait du bien. »

Les « enfants volés de la Réunion », ce sont ces enfants qui, à l’initiative de la DDASS, ont été pris à leurs parents entre 1963 et 1982, sous le prétexte que ceux-ci ne pouvaient pas leur offrir une éducation correcte. Ces enfants ont ensuite été placés dans des familles françaises, surveillés de loin par le système, mais souvent laissés à eux-mêmes. Si tous n’ont pas vécu l’horreur ici, ils ont été nombreux à se retrouver dans des contextes difficiles et c’est ce qu’a choisi d’aborder Christophe Léon.

Au fil des pages, il montre le choc des cultures, le besoin d’attachement, l’isolement, le racisme, l’abus dont Odélise, rebaptisée Odile par Mauricette, est victime. C’est dur, d’autant plus qu’on sent que l’ensemble a bien pu se passer réellement. Les dernières pages sont d’ailleurs les plus intenses avec la dissociation complète Odile/Zeïla/Odélise et la finale ouverte peut laisser le lecteur imaginer plusieurs suites possibles. Pour ma part, j’ai choisi l’espoir… (Sophie Lit, 24 octobre 2016)




Résumé : A travers le personnage d’Odélise, c’est le sort de beaucoup d’enfants réunionnais des années 70 que Christophe Léon veut faire connaître. Enlevés à leur famille et conduits en métropole, en Creuse notamment, ils ne vont pas toujours connaître le sort espéré. Odélise est placée dans une ferme. Elle s’habitue tant bien que mal à sa nouvelle vie. Pour tenir, elle s’invente un double à qui elle parle. Mais les adultes à qui elle est confiée ne la soutiennent pas lorsqu’elle est violée. C’est en elle qu’elle va devoir trouver des ressources pour survivre.

Analyse critique : Un roman aux sujets difficiles. Le repeuplement de la Creuse suite à l’exode rural massif ne s’est pas fait sans heurts. Les enfants réunionnais ont vécu une déchirure jamais cicatrisée. On leur a volé leur enfance. Christophe Léon décrit fort bien le contexte de l’époque. Alors que nous sommes dans une fiction jeunesse, à aucun moment il n’adoucit la réalité. On est dans un univers où le silence est de mise. Tout plutôt que dévoiler la vérité au grand jour…
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 1975 : Odélise a dix ans lorsque, peu avant la saison des mangues, elle est arrachée à sa famille et à son île de La Réunion avec une centaine d’autres enfants. Elle est envoyée en métropole dans une famille d’accueil de la Creuse. Pour lutter contre le chagrin, l’isolement, mais aussi le froid et le déracinement, Odélise s’invente un double, Zeïla, qui ne la quittera plus.


Ma chronique :

J'avais aimé le premier roman de la collection Les héroïques, présentée par les éditions Talents Hauts, mais j'avais eu un goût de trop peu lorsque j'ai eu fini le récit et c'est donc un peu moins enthousiaste que j'ai démarré cet autre roman de la même collection mais j'avoue que j'en ressors beaucoup plus convaincue, avec le cœur serré. On plonge dans la vie d'Odélise, vivant avec ses parents et ses nombreux frères et sœurs sur l'île de La Réunion. Elle est la petite dernière de toute cette fratrie et ne s'en déplaît pas, elle connaît déjà le chemin qui est tout tracé pour elle, il s'agit du même qu'ont déjà emprunté ses frères et sœurs. Elle aime son île, la nature environnante, les traditions de sa culture, sa langue, elle se plait dans sa vie. Mais un jour, des hommes blancs arrivent dans ce quotidien si paisible pour un programme aidant les plus démunis à faire des études en France. Odélise est choisie et c'est le cœur lourd qu'elle part pour le continent... Je n'avais jamais lu de roman qui relatait de ce sujet de déportation d'enfants des îles pour des familles d'accueil et une nouvelle vie et je dois avouer que j'en ai été déroutée. On s'attache à cette jeune fille tout au long de ce voyage qu'elle subit avec d'autres enfants dans la même situation. Cette opportunité était censée être une chance pour une vie meilleure et elle s'est avérée être une vrai cauchemar... L'écriture de l'auteur était très touchante, elle m'a charmé dès les premières lignes, dès que les mots d'Odélise m'ont sauté aux yeux pour ne plus les lâcher jusqu'à la fin. En parlant de fin, j'aurai tellement aimé quelques mots, quelques phrases en plus et ne pas terminer dans cet incertitude dans laquelle nous laisse l'auteur (c'était très cruel monsieur, je ne vous permets pas de nous faire subir une émotion aussi intense !). Je pense que ce roman plaira à un bon nombre de futurs lecteurs, même si c'est un sujet qui nous laisse perplexe, ne le connaissant pas plus que cela, je tiens vraiment à vous convaincre de lui laisser une chance car il en vaut la peine, il est important de découvrir ce délicat sujet. N’hésitez plus, lancez-vous et parlez s'en autour de vous !






Jamais elle ne reverra les mangues mûrir, Odélise. Quant elle a quitté La Réunion, les fruits étaient encore verts. Ils le resteront à jamais dans sa mémoire comme une image, figée et glacée. Elle n’avait que dix ans en 1975, lorsqu’on est venu la chercher chez elle, l’emporter loin, la séparer de sa famille, la déraciner de sa terre, la déporter de son île.
Ils sont arrivés à trois, les émissaires. Deux femmes un homme. Vêtus d’habits sombres, et le visage fermé, ils ont déroulé leur discours bien rodé devant ses parents, des cultivateurs et éleveurs aux maigres ressources, avec sept enfants à nourrir… Ils ont sorti leurs papiers et ont tendu un stylo au père et à la mère d’Odélise… Ne sachant pas écrire, ils auront recours au tampon encreur… L’homme et la femme marqueront de leur empreinte l’abandon de leur fille. Évidemment, ils ne s’imaginent pas qu’ils ne la reverront plus.
Voilà. En quelques minutes, le destin d’Odélise avait été scellé. Comme mille autres enfants de l’île, elle allait être envoyée en métropole pour repeupler des départements désertés. En effet, l’État français avait trouvé la solution à l’exode rural. Sous l’autorité de Michel Debré, des enfants réunionnais migrèrent de 1963 à 1982 en France, déclarés pupilles de l’État. Les parents laissaient partir leur progéniture, en échange d’une vie meilleure…
Ainsi, Odélise, rebaptisée Odile par sa famille d’accueil – prénom moins exotique – vivra désormais dans un village de la Creuse, Saint-Valentin-la-Chavane. Elle y grandira sans amour, sans écoute et sans attention, dans le froid et l’hostilité, se heurtant au racisme, à la bêtise et à la méchanceté des habitants.
Pour rompre sa solitude, survivre au manque des siens, ouvrir son coeur, se souvenir de la chaleur de son île,  elle s’inventera un double qu’elle nommera Zeïla. Cependant, l’imagination ne suffit pas toujours à rendre la vie acceptable.
On sort de ce roman la tristesse et la colère en bandoulière, tellement on s’est attaché à son héroïne.  On réalise le poids – l’utilité – de la littérature, quand elle lève le voile sur de telles ignominies. Si Odélise n’est qu’un personnage de fiction, des enfants réunionnais ont réellement vécu cette déportation brisant leur existence à jamais. Une honte. Un scandale. Une période de l’Histoire de la France, souvent méconnue, qu’il est essentiel de transmettre au plus grand nombre.

« Mes parents avaient mis leurs empreintes en bas d’un document officiel. Sans le savoir, ils m’avaient abandonnée. Je devenais la pupille d’un État qui me voulait du bien. »

« Je ne connaissais que Grand Bassin et ses alentours. Jamais je n’avais quitté ce coin de terre qui était mon domaine, mon espace de vie, ma jungle. Je n’imaginais même pas qu’il puisse exister autre chose que les pierres, les arbres, les ruisseaux et les sentiers poussiéreux que j’empruntais du matin au soir. Un instituteur nous faisait cours la journée. J’allais à l’école comme on va passer un bon moment chez des amis. Je retrouvais les enfants du village qui, avec moi, récitaient à voix haute les tables de multiplication ou les règles grammaticales d’un français qui n’était que notre deuxième langue. »

« L’école était si différente de la mienne à Grand Bassin. Il y avait tellement d’objets, de matériel, de cartes de France aux murs du bureau de la directrice, le préau était si vaste et les enfants tellement à leur aise dans la cour, que je me sentais sur une autre planète. Ici, tout était ceinturé, clos, tandis qu’à Grand Bassin notre école était ouverte sur la forêt. Il n’y avait qu’un pas à faire et nous étions en pleine nature. D’ailleurs, nous partions souvent en balade par les sentiers, et ce qu’on nous apprenait était en lien direct avec notre environnement. Nous étions peut-être pauvres de biens, mais riches de liens. »

« Moi, Zeïla, je ne dors jamais. Quand nous sommeillons, je gamberge. Ce que nous croyons être des rêves sont en fait des histoires que je nous raconte. Souvent Grand Bassin revient, les parents, les frères et soeurs, le passé ou celui que j’invente quand Odélise était petite et heureuse. »

— Les mangues resteront vertes, roman de Christophe Léon, couverture illustrée par Julia Wauters,  à partir de 13 ans, collection Les héroïques,  Éditions Talents Hauts, Septembre 2016 )





Ce roman met en scène le drame qui est arrivé à Odélise, jeune Réunionnaise de dix ans, qui a été retirée à sa famille pour être envoyée en métropole et adoptée par une famille de la Creuse.

Ce roman évoque des faits à la fois étonnants et révoltants. En effet, environ 2000 enfants de l’Ile de la Réunion, ont été « déportés » entre les années 1963 et 1982 à l’initiative de Michel Debré, député de la Réunion, pour « repeupler » plusieurs départements français dont la Creuse qui étaient touchés par l’exode rural. Certains enfants étaient abandonnés mais d’autres ont été pris dans leurs familles en promettant aux parents une vie meilleure pour leurs enfants en comparaison de ce qu’ils pouvaient leur offrir s’ils restaient avec eux sur l’Ile de la Réunion.

Odélise est scolarisée en CM2, elle sait qu’elle ne pourra pas aller au collège. Ses parents n’en ont pas les moyens. Un jour, elle voit arriver trois personnes dans son village : «En fait, j’étais heureuse de ma condition, je n’en concevais pas d’autres et n’imaginais pas qu’un jour je pourrais quitter cet endroit. Des terres que je connaissais comme ma poche. […] C’était avant la venue de ces trois personnages impressionnants, qui détenaient avec eux, dans leur sacoche en cuir noir remplie de papiers à en-tête, le pouvoir d’une mission que, j’en suis convaincue, ils croyaient utile et humanitaire. »

Odélise partira donc avec ces trois personnes et d’autres enfants recueillis comme elle.  Tous ces jeunes prendront  l’avion pour aller dans la Creuse. Cet événement est si douloureux qu’Odélise se donne un autre prénom Zeïla pour mettre de la distance avec ce qui lui arrive, pouvoir ainsi parler avec quelqu’un et supporter sa nouvelle vie comme elle peut : être arrachée à sa famille et débarquer dans une famille inconnue qui l’appellera Odile pour faire moins « exotique ! » : « Nous étions au milieu de l’après-midi, il faisait un froid de canard et une pluie drue mitraillait le pare-brise. J’étais à dix mille kilomètres de Grand Bassin. Je n’avais pas conscience que les huit prochaines années, je les passerais dans ce département. Dans ce village qui allait, pour la première fois, voir débarquer une petite Noire des îles prénommée Odile. »

Ce roman est très fort pour montrer un épisode scandaleux qui partait – peut-être – de bonnes intentions mais qui a fait souffrir de nombreux enfants et familles de l’Ile de la Réunion pour un projet qui finalement avait des relents de colonialisme, raison, on peut l’imaginer, pour laquelle il a été caché : « Une fois, une seule, lors d’une visite de l’assistante sociale de la DDASS, j’osai aborder le sujet, me plaignant de ce que je subissais. La réaction de la femme ne fut pas celle que j’espérais. Elle me reprocha d’être la cause des insultes en ne me faisant pas assez discrète et en les suscitant par mon comportement. »

C’est un roman bouleversant qui permettra à des adolescents de réaliser ce que des jeunes de leur âge ont dû subir.

Ce livre est soutenu par Amnesty International.